
La Mer de Sable rouvre ses portes : une saison 2026 placée sous le signe des Légendes du Far West
11 avril 2026Avril 2026 marque un tournant inédit dans l’histoire des loisirs familiaux en Bretagne. Le groupe Bayard, éditeur emblématique de La Croix, Pomme d’Api ou Mortelle Adèle, vient d’officialiser la prise de contrôle majoritaire du parc d’attractions Kingoland, niché à Plumelin dans le Morbihan. Une acquisition stratégique qui interroge autant qu’elle enthousiasme, et qui pourrait bien rebattre les cartes des parcs d’attractions familiaux en France. Retour sur une histoire de croissance, de passion et d’ambition.

De zéro à 215 000 visiteurs : l’épopée Kingoland
Tout commence le 19 avril 2014, en bord de la RN24, à Plumelin, au cœur du Morbihan. Dominique et Karine Leroux, un couple d’entrepreneurs bretons, lancent Kingoland avec un investissement initial de 2 millions d’euros et une ambition claire : offrir un parc d’attractions familial de qualité dans une région qui en manquait cruellement. Les fondateurs espèrent 50 000 visiteurs pour cette première saison. Ils en accueilleront finalement 43 000, un résultat jugé encourageant.
La machine s’emballe ensuite très vite. Dès 2015, le parc dépasse les 62 000 entrées, puis 88 000 en 2016, et 120 000 en 2019. En à peine cinq ans, Kingoland quintuple sa fréquentation, avec un chiffre d’affaires dépassant les 2 millions d’euros à la fin de la décennie. La trajectoire séduit Bpifrance, qui entre au capital du parc en 2020 via son Fonds France Investissement Tourisme 2, avec un objectif ambitieux : atteindre 200 000 visiteurs annuels.
Après les années Covid, le parc rebondit avec une vigueur remarquable : 180 000 visiteurs en 2022, puis le franchissement symbolique des 200 000 entrées en 2024, et enfin un record absolu de 215 000 visiteurs accueillis lors de la saison 2025. « Nous avons 2 500 abonnés. Ils sont friands de nouveautés. Nous accueillons aussi beaucoup de visiteurs venant de Bretagne et des Pays de la Loire », souligne Titouan Le Diodic, responsable du développement du parc.


Des attractions qui racontent une histoire
La force de Kingoland ne réside pas uniquement dans ses chiffres. Sur 7,5 hectares, le parc déploie une quarantaine d’attractions organisées autour d’univers thématiques soigneusement construits. Grand huit, bateau pirate, maison hantée, cinéma dynamique, descentes aquatiques : l’offre cible toutes les générations, des tout-petits aux amateurs de sensations fortes.
La stratégie d’investissement est constante et régulière. En 2022, les Montgolfières enrichissent le parc. En 2023, la montagne russe tournoyante Maranello Twist, thématisée autour des voitures de course, offre de nouvelles émotions aux plus jeunes. En 2024, c’est un tout nouvel univers pirate qui s’installe, avec la Tour des Moussaillons, le Repère des Pirates et un spectacle dédié. Chaque saison apporte son lot de nouveautés, fidèles à un ADN d’immersion narrative. « On essaye de se différencier des fêtes foraines en proposant une immersion dans différents mondes. On veut raconter une histoire avec des décors », résume Titouan Le Diodic.

Tomahawk : la grande nouveauté de la saison 2026
Pour sa douzième saison, Kingoland frappe fort. La grande nouveauté 2026 s’appelle Tomahawk, une attraction à sensations fortes installée au cœur de la zone amérindienne inaugurée en 2025. Cette zone thématique, qui avait accueilli les attractions Rabaska (grand canoë tournoyant) et Tatanka (descente de rivière) l’an passé, s’enrichit ainsi d’un équipement pensé pour les amateurs d’adrénaline.
Tomahawk vient combler un espace dans la gamme d’expériences du parc, en proposant un type de sensations inédit sans nécessiter l’envergure d’un grand huit géant. David Kersuzan, le directeur du parc depuis un peu plus d’un an, souligne que Tomahawk « complète la zone thématique indienne ». « Tomahawk est une pierre de plus dans l’édifice que nous construisons saison après saison. Après les nouveautés familiales de 2025, il était important de revenir sur un investissement à sensations fortes pour continuer à fidéliser les passionnés de parcs d’attractions », explique la direction. L’ouverture de la saison a eu lieu le 11 avril 2026, coïncidant avec la finalisation du rachat par Bayard.

Bayard, bien plus qu’un éditeur
Pour comprendre l’acquisition de Kingoland, il faut d’abord saisir ce qu’est réellement le groupe Bayard. Fondé sous le nom de « La Bonne Presse » par les Augustins de l’Assomption en 1873 — une congrégation catholique née à Nîmes en 1845 sous l’impulsion du père Emmanuel d’Alzon —, le groupe a bâti son empire autour du journal Le Pèlerin, puis du quotidien La Croix lancé en 1883. Aujourd’hui, Bayard emploie près de 2 000 personnes et publie une galaxie de titres allant d’Okapi à J’aime lire, en passant par Notre Temps.
Avec un chiffre d’affaires consolidé de 336,8 millions d’euros pour l’exercice clos en juin 2024, légèrement en recul par rapport aux 338 millions de l’exercice précédent, le groupe traverse une période de transformation. Sur l’exercice 2024-2025, le CA est tombé à 314,9 millions d’euros, en recul de 6,5%, poussant le groupe à engager un plan de compétitivité. Mais Bayard, entreprise à mission depuis 2023, réfléchit sur le long terme, fidèle à sa vocation de « donner lieu à espérer et agir pour imaginer et changer le monde ».


Un éditeur qui mise sur l’expérience physique
L’acquisition de Kingoland s’inscrit dans la feuille de route stratégique CAP 2029, engagée fin 2025, visant à « diversifier et renforcer » le modèle Bayard en cherchant de nouveaux relais de croissance hors de l’édition et de la presse. La logique est limpide : transformer les communautés de lecteurs en visiteurs, puis en revenus récurrents de billetterie, de restauration et de merchandising.
Ainara Ipas Bastard, directrice développement et international du groupe Bayard, assume pleinement cette vision : « Historiquement, le groupe Bayard a été un acteur du cinéma, du voyage, de la croisière et du pèlerinage. C’est vrai que Bayard, depuis plusieurs décennies, est principalement présent dans la presse et dans l’édition, mais ça va dans le sens de l’histoire d’aller diversifier nos activités, en particulier dans l’expérience, à la rencontre des publics ». Elle ajoute : « Dans un monde où on est de plus en plus sur nos écrans, paradoxalement, la demande et le besoin des Français de loisirs dans la vie réelle est également en pleine croissance ». Une analyse parfaitement en phase avec les tendances du secteur : le SNELAC recense 70 millions de visites par an pour les loisirs marchands en France, représentant 4 milliards d’euros de chiffre d’affaires.


Tom-Tom, Nana et Mortelle Adèle bientôt dans les allées ?
La question que tous les fans de parcs se posent : verra-t-on prochainement les héros de Bayard — SamSam, Ariol, Anatole Latuile, Tom-Tom et Nana, Petit Ours Brun ou Mortelle Adèle — débarquer dans les zones thématiques de Kingoland ? La réponse est : oui, mais avec patience et méthode. Ainara Ipas Bastard précise : « On va continuer à faire ce que le parc Kingoland faisait, c’est-à-dire proposer des nouveautés chaque année, et effectivement, dans les prochaines années, on va réfléchir à des nouveautés probablement aux couleurs de nos héros ».
Le fondateur Dominique Leroux restera associé au développement du site, assurant la continuité de l’ADN qui a fait le succès du parc. Le groupe insiste d’ailleurs sur le fait que les tarifs et les ingrédients du succès resteront inchangés. « Le rapport qualité-prix est un des éléments qui font ce succès. L’objectif n’est pas de faire les plus gros bénéfices dans le minimum de temps. C’est une extension de nos univers, qui s’inscrit dans la durée, et surtout dans le respect et la continuité de tout ce qui a été fait jusqu’à présent », conclut Ainara Ipas Bastard.

Une nouvelle page pour les parcs d’attractions familiaux en France
Avec cette acquisition, Bayard rejoint un mouvement plus large qui voit les groupes éditoriaux investir le terrain des loisirs immersifs. Média-Participations, éditeur de Spirou, exploite déjà le Parc Spirou Provence ; Astérix, avec ses 385 millions d’albums vendus dans le monde, alimente un parc qui a frôlé 2,9 millions de visiteurs en 2025. Kingoland, avec ses 215 000 entrées annuelles et une quarantaine d’attractions soigneusement thématisées, constitue un point d’entrée idéal pour Bayard : taille intermédiaire, ancrage territorial fort, clientèle familiale et potentiel de montée en gamme évident.
Kingoland entre dans une nouvelle ère. Après douze ans d’une croissance bâtie à force d’investissements réguliers et d’un attachement profond au rapport qualité-prix, le parc morbihannais s’apprête à écrire un nouveau chapitre — celui où les univers narratifs de la presse jeunesse française prendront vie dans les allées d’un parc breton en plein essor. Pour les amateurs de parcs d’attractions comme pour les lecteurs de J’aime lire, l’aventure ne fait que commencer.




